La ville de Carroll, dans le New Hampshire (820 habitants), a récemment reçu 122 515 dollars du ministère de la Sécurité intérieure (DHS) pour couvrir entièrement les salaires de ses quatre policiers. Ce paiement marque l’un des premiers cas où les gouvernements locaux bénéficient directement financièrement des efforts de l’administration Trump pour intégrer les forces de l’ordre locales dans les forces de l’ordre fédérales en matière d’immigration.

Le programme 287(g) : Fonds fédéraux pour la police locale

En mars, Carroll s’est inscrit au « Task Force Model » du DHS dans le cadre du programme 287(g). Cet accord a effectivement délégué l’ensemble du service de police de la ville – le chef, le lieutenant et deux agents de patrouille – pour assister l’Immigration and Customs Enforcement (ICE) dans l’application des lois fédérales en matière d’immigration.
En échange, le DHS a accepté de couvrir les coûts associés à cette assistance, y compris les salaires. Cela incite la police locale à participer aux contrôles d’immigration en rendant cela financièrement avantageux.

Adoption généralisée : 920 agences inscrites

Carroll n’est pas un cas isolé. Au 23 mars, plus de 920 organismes chargés de l’application des lois avaient rejoint le programme, dont 500 services de police de villes, de villages et de villes. Cela comprend quatre autorités portuaires/aéroportuaires et 16 services de police universitaires rien qu’en Floride. L’échelle suggère un effort délibéré de la part de l’ICE pour créer un réseau de partenaires locaux chargés de l’application des lois.

Incitations financières : de l’équipement aux salaires

Les e-mails internes d’ICE révèlent des tactiques de recrutement agressives. En septembre, l’agence a offert jusqu’à 7 500 $ par agent pour l’équipement et 100 000 $ pour de nouveaux véhicules si les départements signaient des accords. D’ici octobre, l’ICE a promis de couvrir les salaires des agents, les heures supplémentaires (jusqu’à 25 %) et les primes trimestrielles basées sur le nombre d’individus sans papiers « localisés avec succès ».

« Ensemble, nous protégeons le peuple américain, travaillons à renforcer la sécurité et la résilience de notre nation et défendons l’État de droit », lit-on dans un message de recrutement de l’ICE. L’agence lie directement les récompenses financières aux activités d’application de la loi.

Impact opérationnel : arrestations et contrôle des données

Le service de police de Carroll a procédé à sept arrestations liées à la détention par l’ICE après avoir enquêté sur des incidents de DUI en février. Cela illustre comment les agents locaux aident activement à l’application des lois fédérales en matière d’immigration.

Cependant, ICE contrôle également étroitement le flux d’informations. L’agence a publié des documents intitulés « Comment puis-je convaincre mon chef ou mon shérif de participer au 287(g) ? » ce qui suggère qu’il cible les officiers de niveau inférieur pour contourner la résistance potentielle des autorités supérieures.

Accords secrets : responsabilité et transparence

ICE fonctionne dans le cadre de deux types d’accords : public et privé. Alors que la version publique indique que si les agents de Carroll sont poursuivis, le ministère de la Justice « peut » les défendre, l’accord privé va plus loin. Il promet que si un immigrant poursuit Carroll pour des mesures coercitives, l’ICE « demandera que le DOJ soit responsable de la défense ».

Cela déplace la responsabilité juridique des gouvernements locaux vers le niveau fédéral.

L’accord privé restreint également la transparence. Carroll doit se coordonner avec le bureau des affaires publiques de l’ICE avant de divulguer des informations aux médias, et toutes les demandes de documents d’État sont acheminées via le bureau FOIA de l’ICE – qui fonctionne souvent sur des délais beaucoup plus longs.

Retards dans l’accès public : une stratégie calculée

Les dossiers obtenus grâce à la loi sur le droit à l’information du New Hampshire montrent que même les demandes les plus élémentaires déclenchent désormais une coordination avec le DHS. Lorsque WIRED a déposé des demandes auprès de huit municipalités, un lieutenant de police a répondu que le département devrait travailler avec le DHS avant de divulguer les dossiers. Il s’agit d’une tentative claire de ralentir et de contrôler l’examen public.

Cette tendance est préoccupante car elle démontre un enchevêtrement financier croissant entre les services de police locaux et les services fédéraux d’immigration. Cela soulève des questions sur la responsabilité, la transparence et l’érosion potentielle de l’autonomie locale au profit d’un contrôle fédéral.