La poursuite ambitieuse de la création d’embryons humains génétiquement modifiés se trouve confrontée à une dure réalité. À peine un an après leur lancement, deux startups de premier plan visant à devenir pionnières de l’industrie des « bébés de créateurs » : Manhattan Genomics et Bootstrap Bio – ont effectivement cessé leurs activités. Leurs fermetures soudaines mettent en évidence les immenses obstacles financiers, éthiques et juridiques auxquels est confrontée un domaine qui cherche à réécrire le code génétique humain.
Les enjeux élevés de l’édition germinale
Pour comprendre pourquoi ces échecs sont importants, il faut faire la distinction entre la thérapie génique actuelle et l’objectif controversé de ces startups.
- Thérapie génique actuelle : cible des cellules spécifiques chez un patient existant pour traiter une maladie (par exemple, l’anémie falciforme). Ces changements disparaissent avec le patient.
- Édition de la lignée germinale : Cible les embryons humains. Ces changements font partie de l’ADN de l’individu et sont transmis à toutes les générations futures.
Cette distinction explique pourquoi l’industrie est si volatile. Au-delà du risque technique de modifications « hors cible » – où l’ADN est accidentellement modifié de manière involontaire – les implications éthiques sont énormes. Les critiques craignent qu’une technologie destinée à prévenir les maladies ne soit inévitablement utilisée à des fins « d’amélioration », créant ainsi un marché pour les enfants sélectionnés pour leur intelligence, leur force ou leur apparence.
Un modèle d’instabilité : Manhattan Genomics et Bootstrap Bio
La chute de ces deux sociétés provient de problématiques différentes, mais tout aussi déstabilisantes :
1. Manhattan Genomics : fractures internes
Manhattan Genomics (également connu sous le nom de Manhattan Project) s’est effondré après seulement quatre mois d’activité. La fin de l’entreprise a été marquée par des conflits de gouvernance interne et des « conflits entre cofondateurs ».
Alors que la cofondatrice Cathy Tie a lancé une nouvelle entreprise, Origin Genomics, son ancienne partenaire Eriona Hysolli a cité le manque de transparence concernant une entité basée aux îles Caïmans comme principale raison de leur scission. Ces frictions internes suggèrent que même si la science est solide, les structures juridiques et organisationnelles complexes requises pour une recherche aussi sensible peuvent créer des frictions insurmontables.
2. Bootstrap Bio : Turbulences financières et juridiques
Bootstrap Bio a fait face à une sortie plus chaotique. Le PDG Chase Denecke a cité le manque d’intérêt des investisseurs comme la principale raison pour laquelle l’entreprise a manqué de capital, malgré des résultats de laboratoire prometteurs.
Cependant, l’entreprise a également été frappée par un grave scandale juridique. Son ancien directeur scientifique, Qichen Yuan, a été arrêté pour des accusations fédérales liées à une tentative de trafic sexuel. Alors que le PDG a affirmé qu’il ignorait ces accusations jusqu’à la fin des opérations, l’incident souligne le niveau élevé de surveillance et de risque associé au recrutement de talents dans le secteur biotechnologique hautement spécialisé.
L’ombre du passé et l’avenir de l’industrie
L’industrie opère dans l’ombre du scandale He Jiankui de 2018, au cours duquel un scientifique chinois a modifié illégalement des embryons, conduisant à la naissance des premiers enfants génétiquement modifiés au monde et à son emprisonnement ultérieur. Cet événement a établi un tabou mondial que les entrepreneurs en biotechnologie tentent désormais de surmonter.
Malgré ces revers, l’appétit pour le financement demeure. Un troisième acteur, Preventive, a récemment émergé avec le soutien de 30 millions de dollars de personnalités technologiques de premier plan, dont Brian Armstrong, PDG de Coinbase, et Sam Altman, PDG d’OpenAI.
L’effondrement de ces premières startups suggère que, même si l’ambition scientifique de prévenir les maladies génétiques est élevée, le chemin vers une entreprise de « bébés sur mesure » commercialement viable et éthiquement stable est semé d’embûches extrêmes sur les plans financier, juridique et interpersonnel.
Conclusion : L’échec rapide de ces startups de la première vague démontre que la capacité technique n’est qu’une partie de l’équation ; Sans une gouvernance stable, des capitaux massifs et un cadre éthique clair, le rêve de l’édition germinale reste très instable.
